Cartographier la transition

Actions du Plan de Paysage de la Vallée de la Cère, Communauté de communes de Cère et Goul en Carladès, avec l'Hydre

Accès libre dans la limite des places disponibles

Représentations critiques et fictions désirables

Cartographier n’est jamais un acte neutre. Toute carte répond à une question et contribue à produire le territoire qu’elle prétend seulement représenter. La carte ne décrit pas seulement le monde, elle l’institue pour le regard et pour l’action future. Elle est moins un miroir qu’un système constructif, un espace graphique où se construit la connaissance des territoires. Comme l’écrit Jean-Marc Besse, les cartes font connaître les territoires à autrui dans un contexte d’interaction déterminé — elles n’en sont pas le reflet passif. Et c’est dans l’écart entre la carte et le réel que l’imagination cartographique se développe : les cartes rendent présents les imaginaires et leur donnent une capacité d’agir sur le monde.

À l’heure où les crises agricoles, climatiques et extractivistes redessinent nos paysages et nos systèmes alimentaires, cette journée d’étude réunit des praticien·nes qui cherchent à donner voix aux acteur·rices que les représentations officielles effacent et à inventer des formes graphiques qui disent autre chose que ce que le pouvoir donne à voir. Trois directions de travail se distinguent, que la journée met en dialogue.

Que cachent les cartes dominantes ?

Les diagrammes de flux ordinairement mobilisés par les acteur·rices publics et privés ne sont pas des outils neutres. Leur logique interne invisibilise les dommages et les conflits d’usage là où se concentrent les externalités du système industriel. Une représentation construite depuis les données de celles et ceux qui gouvernent un système ne rend visible que ce qu’elle a d’abord sélectionné — elle efface ce qui ne cadre pas avec ses catégories. Il est donc possible d’en inventer d’autres : des formats graphiques produits depuis des coalitions militantes et transdisciplinaires, travaillant à politiser des données et à multiplier les points de vue, y compris non-humains, pour rendre pensable ce que les représentations officielles dissimulent.

À qui la carte donne-t-elle la parole ?

Une carte construite depuis les sources de celles et ceux qui gouvernent un système porte leurs catégories — et efface les acteur·rices qui n’y figurent pas. Dans quelles circonstances et avec quels buts peut-on faire de la carte autre chose qu’un instrument de légitimation ? Un espace où des acteur·rices hétérogènes — expert·es, praticien·nes, paysan·nes, habitant·es — confrontent leurs visions du monde et négocient des alternatives. La fiction joue ici un rôle particulier : une crise fictive force les participant·es à révéler ce qu’une description du réel laisserait dans l’ombre, et à travailler sur des cartes-scénarios qui font exister dans le présent des mondes qui n’existent pas encore.

Quels mondes la carte peut-elle faire exister ?

Les cartes fonctionnent comme des schèmes générateurs — des laboratoires où sont articulées les significations possibles des situations territoriales rencontrées. Elles ouvrent un espace dans lequel une autre organisation du monde peut se déployer. Ancrées dans des enquêtes de terrain et peuplées de vies possibles, certaines images ne sont pas des projets d’aménagement : elles sont des visions habitées, dont la vocation est de rendre la transition appropriable par celles et ceux qui vivent dans les territoires qu’elles figurent.

Ces trois directions posent une même question : pourquoi fait-on appel aux cartes — dans quelles circonstances, avec quels buts, et qu’apportent-elles de spécifique à celles et ceux qui les fabriquent et les utilisent ? C’est cette question que la journée cherche à instruire, depuis les pratiques de celles et ceux qui ont décidé d’y répondre autrement.


Programme

13h : Ouverture de la journée
Présentation du programme de recherche Powers of Scale et des enjeux de la journée

13h20 : Deborah Aubert
Des données au paysage : représenter la transition pour la rendre désirable
Déborah Aubert est paysagiste conceptrice, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure de Paysage. Elle s’intéresse particulièrement aux manières d’habiter les territoires et à leurs traductions dans le paysage, elle œuvre par différents prismes à la fabrique collective des espaces communs : pratiques artistiques, outils réglementaires de l’urbanisme, méthodes de l’éducation populaire, ateliers de jardinage et de construction. En travaillant à différentes échelles de projet, de la biorégion au jardin public, elle propose une démarche de projet relationnelle afin de porter attention aux humains et aux liens qu’ils opèrent avec leur territoire, leurs espaces et objets du quotidien, leurs cultures. Cette démarche se traduit par la mise en place d’une multitude de temps d’échange où les gestionnaires, habitantes, artisans, élues se rencontrent autour de médiums visuels et performatifs à débattre. Attachée aux valeurs de l’écologie sociale, ses projets appellent à conduire le vivant en s’attachant aux ressources locales tout en initiant de nouvelles synergies territoriales.

14h10 : Xavier Fourt — Bureau d’études
Design d’action publique et transition agricole
Membre et cofondateur du collectif d’artistes Bureau d’études (créé en 2000 avec Léonore Bonaccini). Bureau d’études a développé différentes méthodes de cartographie de représentation de réseaux et de systèmes. Ces cartographies ont été produites, diffusées ou mises en travail dans le cadre d’ateliers dans une dizaine de pays, en particulier en France sur le système agro-alimentaire français (2006-2007) ou encore sur le biocontrôle (2018). Le groupe a également conçu des dispositifs de design d’action publique (2022-2026) mis en action avec des chercheur·ses, éleveur·ses, vétérinaires et élu·es : Zoojeu, “jeu sérieux” conçu pour faciliter la consultation des parties prenantes dans l’élaboration de scénarios de prévention et de gestion des zoonoses, ou encore Transition Zoojeu, un dispositif pour “faire l’expérience d’une démocratie de la santé et du bien-être”.

15h Pause

15h20 : Xavier Bucchianeri
Cartographier pour lutter : une enquête pragmatiste sur les filières industrielles de l’artificialisation
Xavier Bucchianeri est architecte-ingénieur, enseignant et doctorant à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Clermont-Ferrand. Sa thèse, dirigée par Stéphane Bonzani (UCA/UMR Ressources, ENSACF) et Frédérique Ait-Touati (CNRS, CRAL, EHESS), porte sur les pratiques d’inscription et les conduites de renoncement, d’abandon et de démantèlement d’infrastructures non soutenables, dans une perspective matério-sémiotique.

Cette communication présentera un travail de contre-cartographie en cours, mené collectivement par des collectifs militants (Soulèvements de la Terre, Bat.DTR, Naturalistes des terres, Maldonne) et des scientifiques du réseau ATECOPOL auprès des luttes écologistes contemporaines. Ce travail vise à documenter les violences environnementales systémiques produites par les filières industrielles responsables de l’artificialisation des sols, en particulier les filières du béton de ciment et du béton bitumineux, tout en déjouant les impasses des représentations métabolistes traditionnelles. En s’appuyant sur ce cas, la communication propose de montrer comment la contre-cartographie peut constituer une forme singulière d’enquête pragmatiste, fondée sur un usage instrumental de la représentation, dans laquelle dont un public hétérogène se constitue autour d’un problème qu’il contribue à définir par l’enquête, tout en explorant collectivement des prises pour l’action.

16h10 : Groupe de recherche Powers of Scale — isdaT
Restitution d’un workshop avec Adrien Zammit, graphiste (30.03–03.04.2026)
Deux scénarios pour la pomme du Tarn-et-Garonne
Le groupe de recherche Powers of Scale (isdaT) présente les travaux conduits lors d’un workshop de cinq jours avec le graphiste Adrien Zammit. Deux cartes mettent en comparaison deux scénarios de production et de distribution de la pomme dans le Tarn-et-Garonne identifiés par la DRAAF Occitanie. Le premier, dystopique, décrit l’installation et l’emprise foncière d’un modèle agro-industriel en monoculture, dépendant d’une grande société exportatrice : flux d’exportation mondiaux, infrastructures lourdes et énergivores, externalisation de chacune des étapes — du conditionnement au stockage en passant par le transport. Le second scénario décrit le fonctionnement de plusieurs petites exploitations en polyculture qui distribuent leurs produits dans des circuits locaux. Ces exploitations assurent elles-mêmes la récolte, le conditionnement et la mise en commerce des pommes. La mise en comparaison graphique de ces deux scénarios constitue un outil de médiation et de débat sur les enjeux de la transition agroécologique dans la région.

17h Table ronde

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