Accès libre dans la limite des places disponibles
Si le design graphique est un champ de la création visuelle qui s’attache tout particulièrement au contexte, le design éditorial semble, à première vue, libéré de l’ancrage spatial qui caractérise par exemple les affiches ou la signalétique. Au contraire de ces supports qui trouvent leur utilité dans le lieu et le moment pour lequel ils ont été dessinés, le livre est un média voyageur. Imprimé à plusieurs centaines d’exemplaires, il est voué à être mis en circulation à travers un réseau de distributeurs, diffuseurs et libraires qui est généralement pensé comme élargi. Pourtant bien des livres sont écrits sur, pour, ou encore depuis un lieu qui en est le sujet, le destinataire ou l’origine.
Nous avons, depuis cette observation, cherché à identifier quelques ouvrages, au détriment de nombreux autres, qui laissaient ouverte la possibilité d’une pratique éditoriale située dans le sens littéral. C’est-à-dire qui envisage le lieu non pas comme un simple sujet, mais aussi comme un espace depuis lequel ou avec lequel opérer, un espace envisagé comme objet d’étude qui façonne les relations entre les humain·es et leur environnement au sens de ce que recouvre la géographie.
Il est ainsi question pour cette journée d’étude d’observer les méthodologies de quelques éditeur·ices, auteur·ices et designers graphiques qui vivent, parcourent et explorent des lieux qu’ils mettent en livres, et d’observer comment un lieu peut-être dit.
La journée d’étude Lieux-dits. Expériences éditoriales situées a été conçue dans le cadre du programme de recherche Genius loci du département design graphique de l’isdaT. Elle intervient alors que de nouvelles pistes de travail ont été explorées ces deux dernières années avec les étudiant·es autour de cette hypothèse qu’il y aurait des expériences éditoriales situées comme il est possible de parler de savoir situés à la suite du texte de Donna Haraway, “Savoirs situés : la question de la science dans le féminisme et le privilège de la perspective partielle” (1988).
Ces recherches ont été menées à destination de la participation du programme de recherche à la biennale de l’édition Exemplaires, formes et pratiques de l’édition qui se déroulera du 26 au 28 mars 2026 à l’ÉSAL de Metz. Cette biennale organisée par un réseau d’école d’art et de design, inclut la sélection, par chaque école invitée, de six livres francophones publiés ces cinq dernières années selon une thématique qui leur est propre. Nous avons invité ce 12 mars les éditeur·ices, auteur·ices de chacun de ces six livres et nous les remercions d’avoir répondu avec enthousiasme à notre idée.
Programme
9h : Introduction, atelier Genius loci
Y aller
- 10h : Alexandra Pouzet et Bruno Almosnino, Poun Naou
- 10h30 : Laurence Marty, revue Z
- 11h : Séverine Bascouert, Le Mystères des pyramides
11h30 : Table ronde
12h30-14h : Pause déjeuner
Y habiter
- 14h30 : Lorraine Druon, Bourgade
- 15h : Nathan Golshem, Et s’ouvre enfin la maison close
- 15h30 : Aurélie Conquet et Sébastien Plot, Les Cahiers de l’angle
16h : Table ronde
17h : Conclusion
Bruno Almosnino (1974) et Alexandra Pouzet (1975) forment un duo singulier qui rapproche et explore photographies, textes, anthropologie, installation, poésie et performance. Ils ont fondé les éditions Arts pauvres à Beauregard en 2021 avec un petit groupe de personnes. Mettant en commun leur goût pour les situations d’enquêtes, en art et en sciences sociales, Alexandra Pouzet (photographie et installation) et Bruno Almosnino (ethnographie et écriture) questionnent les relations entre les humains et les paysages, explorent des gestes liés aux rêves ou aux habitudes. Leur travail croise les savoir-regarder et les savoir-faire, interrogeant le statut de l’image photographique et du texte, les doutes et les certitudes devant le monde qui vient, qui est là.
Née en 1991, Lorraine Druon est artiste. Elle participe à plusieurs projets éditoriaux où elle publie principalement de la photographie. Elle montre régulièrement son travail, dans des expositions, des publications et des revues, et a réalisé plusieurs livres d’artiste. Elle a publié en mai 2023 son premier roman, Bourgade, aux Éditions Hourra.
Séverine Bascouert est sérigraphe et artiste. Cofondatrice de L’Institut Sérigraphique et de La revue Lagon qui s’intéresse aux nouvelles formes de narration graphique et défend une bande dessinée aux frontières poreuses à d’autres pratiques artistiques (peinture, sculpture, installation, jeu vidéo, graphisme). Elle travaille régulièrement avec Sammy Stein sur des projets imprimés, dont la série de publication France Atlantide pour laquelle nous l’avons invitée. Dans celle-ci, iels explorent des espaces investis par des individus dont les idées, les croyances, les convictions, ou les points de vue dépassent la raison commune. Le premier opus intitulé Le Mystères des pyramides est dédié à leur visite des galeries de l’artiste Jean-Marie Massou.
Laurence Marty pour La revue Z
“Dans le Z n° 15, il s’agissait pour le comité éditorial de se situer socialement, de partager comment se fabrique la revue, de lancer un appel clair à rejoindre l’équipe. C’est comme ça qu’une dizaine des membres du collectif actuel sont arrivé·es. Dans le Z n° 16, on a récidivé : le “Hé ! Z, t’es qui toi ?” y a été l’occasion de raconter la transmission du processus aux nouvelles et les chantiers (ré)impulsés (sur le soin et les rapports de domination notamment). Aujourd’hui, le collectif est toujours plus ou moins le même : une douzaine de personnes réparties aux quatre coins de la France hexagonale et de la Suisse ; des meufs cis et trans, personnes non binaires, et un mec cis ; bis, queers, hétéros ; toustes blanc·hes et plutôt valides ; issues de classes sociales diverses mais ayant toustes eu accès à des études supérieures. Si se situer est politique et que l’exercice nous semble toujours primordial.”
“Hé ! Z, tu soignes quoi ?” Z : Revue itinérante d’enquête et de critique sociale, numéro 17, p.4, 2005.
Auteur et éditeur, Nathan Golshem est le coordinateur de la maison d’édition Demain les flammes qui “tâche de documenter et de réfléchir aux mouvements qui n’ont eu de cesse, hier comme aujourd’hui, de mettre en acte la notion de solidarité et de communauté”. Il a publié auparavant le fanzine Plus que des mots autour de la musique punk. Il fait le récit dans Et s’ouvre enfin la maison close d’un squat toulousain à partir du témoignage de celles et ceux qui l’ont occupé.
Aurélie Conquet et Sébastien Plot sont les fondateurs et éditeurs de la revue Les Cahiers de l’angle. Auteur·ices, réalisateur·ices, iels ont notamment réalisé le film Territorio de la Mancha en 2016 qui propose une immersion dans la ville d’Abidjan à travers le prisme de la culture hispanophone. Chaque numéro des Cahiers de l’angle rassemble et ficelle, autour d’un lieu, des bouts de textes du passé et des retranscriptions de paroles du présent. Nous les avons invité pour le numéro 3 intitulé “Noble Val” et s’intéresse à la ville de Saint-Antonin-Noble-Val où iels résident.
Genius loci
Le programme de recherche Genius loci, mené par Sébastien Dégeilh et Olivier Huz, se penche depuis 2013 sur la notion d’esprit du lieu, envisagée depuis le champ du design graphique, pour penser ce que pourrait être un design graphique situé. Héritière de pratiques religieuses antiques, cette idée, que nous empruntons à de grands principes architecturaux théorisés par Christian Norberg-Schulz au XXe siècle (Christian Norberg-Schulz, Genius Loci, Towards a Phenomenology of Architecture, Rizzoli, New York. 1980. Mardaga, Bruxelles, 1981), prône une création contextualisée où le designer entre en négoce avec l’environnement et l’esprit du lieu qui le caractérise.
Que des lieux soient exceptionnels de par leur patrimoine (architectural, naturel ou culturel) ou a priori ordinaires parce que populaires ou ruraux, un mouvement transversal traverse les enjeux posés par chacun : leur mise en tourisme. Cette action, qui consiste à la création d’un lieu touristique, invoque systématiquement un certain esprit des lieux avec lequel il faut composer, quitte à le caricaturer voire l’inventer de toute pièce lorsqu’il semble manquer. Alors, le design graphique joue un rôle important en terme d’aménagement, de signalisation et d’invention des lieux. Il nous accompagne, souvent de manière discrète, dans la construction culturelle des lieux que nous habitons ou traversons.
