De la fragilité. Pratiques artistiques contemporaines face à la hantise du corps fragmenté, Emilia Héry

Sophie Ristelhueber, Every One #3, 1994

Entrée libre dans la limite des places disponibles
Séance croisée des séminaires “Choses vues, savoirs critiques” et “Camisole de France”

Les individus d’extrême droite se sentent menacés par le monde en changement qui les entoure, ont peur d’être atteints par l’autre, d’être déconstruits par les idées progressistes, et tentent en réaction de rassembler leur corps. Dans cette conception, un lien s’établit par extension entre l’individu et la nation : la hantise du corps fragmenté est aussi la hantise de la fragmentation du corps social. Cela s’exprime dès le début du XXe siècle dans un proto-fascisme qui se retrouve, par exemple, dans les écrits de Maurice Barrès, en particulier dans sa trilogie du “Culte du moi”. Aujourd’hui, nous avançons l’idée que c’est cette même hantise qui pousse les masculinistes à proposer des corps solides, musclés, à revenir à des règles de vie rigides et ascétiques. Ce qui s’exprime alors est bien cette même peur de la fragmentation, cette volonté de reprendre le contrôle de soi et du monde environnant.

La montée des mouvements masculinistes aujourd’hui, qui se structurent de plus en plus à l’image des Active Clubs (nés aux Etats-Unis après 2017), est un phénomène à observer conjointement à la montée de l’extrême droite en France. Ces groupements d’entraînement sportif sont guidés par la volonté de mener une régénérescence de la civilisation blanche. Pour eux, l’héroïsation de la maîtrise du corps, diffusée sur les réseaux sociaux touchant un jeune public, et par conséquent la création d’une norme définie par un corps masculin musclé et massif, sont des moyens de défendre une idéologie néofasciste. Celle-ci vise une renaissance nationale perpétuelle, ou pour reprendre le terme employé par Roger Griffin, une palingénésie.

Ainsi, que peut l’art face à la construction d’un imaginaire collectif reposant sur la normalisation du corps musclé et puissant ?

Cette séance posera deux hypothèses. La première est que c’est par l’implication du corps dans l’acte artistique que l’artiste est le/la plus à même de combattre les effets de l’idéologie d’extrême droite dans la société. La deuxième est que c’est lorsqu’une œuvre montre un corps fragile, parfois vulnérable, qu’elle rend possible la création d’un autre imaginaire social et politique, prenant en compte la question fondamentale et, face à l’extrême droite, subversive, du soin.


Emilia Héry est Maîtresse de conférences en histoire de l’art contemporain à l’Université Toulouse — Jean Jaurès, docteure en histoire de l’art (Paris 1 Panthéon-Sorbonne), membre du laboratoire FRAMESPA (UT2J). Elle est spécialiste de la mémoire traumatique du fascisme dans l’art contemporain. Elle est l’autrice de “L’imaginaire du fascisme. Les représentations du fascisme dans l’art italien de l’après-guerre à aujourd’hui” (éd. Mimésis, 2025) et a codirigé l’ouvrage “Vous avez dit fasciste? Formes et trace des fascismes aujourd’hui” (avec G. Chielli et C. Razous, Presses Universitaires du Midi, 2026).

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. Consultez nos mentions légales pour en savoir plus.
Oui, j'accepte les cookies