miettes, édicules

« Dans le pain couronne ce que j’aime c’est le trou, la couronne on la mange le trou il reste. »
Ossip Mandelstam

Le pain couronne est un parti pris artistique qui accorde autant d’importance aux objets dits d’art ou non-dits d’art.

Dans ce cadre, nous vous présentons en deux temps la manifestation artistique miettes, édicules qui se situera dans l’espace des rues de Toulouse circonscrites par les grands boulevards, ainsi que sur le site de la revue d’art en ligne Point Contemporain et celui de l’isdaT.

Projet porté par Jean-Pierre Castex et Sarah Holveck, enseignant·es à l’isdaT, dans le cadre du cours « pain couronne ».

Avec les étudiant·es de l’isdaT : Julia Catherineau, Léa Citi, Billie Cloup, Fleur Douglas, Maya Gorden, Tina Giorgio, Florian Gourrat, Tiphaine Martinie, Léa Serre et Stella-Rose True.


Relai de bricole /
S’accorder avec l’extérieur.

« Dans son sens ancien, le verbe bricoler s’applique au jeu de balle et de billard, à la chasse et à l’équitation, mais toujours pour évoquer un mouvement incident : celui de la balle qui rebondit, du chien qui divague, du cheval qui s’écarte de la ligne droite pour éviter un obstacle. Et, de nos jours, le bricoleur est celui qui œuvre de ses mains en utilisant des moyens détournés par comparaison avec ceux de l’homme de l’art. »
Claude Lévi Strauss, La pensée sauvage, chap. 1 « La science du concret », p.30

  • La manifestation prendra la forme d’un relai de bricole. Les auteur·ices s’y relaieront dans l’accompagnement du groupe de spectateur·ices au gré de son parcours.
  • Les gestes et les objets empruntés, extraits, déposés, déplacés, faits par ou pour l’endroit se manifesteront de façon visible ou furtive, mobile et instable.

Il s’agira plus de construire des moments d’art que des œuvres d’art.

La Mostra : Un objet tenu par 18 personnes

Les différents travaux se construisent dans des temps de discussion communs, les réflexions de l’un·e déteignent sur celles de l’autre. Progressivement elles s’autonomisent tout en restant imprégnées de la synergie du groupe.

Une notice
(Les choses sûres étant peu nombreuses)

  • Les propositions excèdent à peine la limite des grands boulevards qui marquent le centre ville de Toulouse (ponts des Catalans et Saint-Michel, allées Charles de Fitte, François Verdier, Jules Guesde et Paul Séjourné, boulevards Lascrosses, D’arcole, de Strasbourg et Lazare Carnot).
  • Les différents travaux ne pourront pas être présentés dans un endroit où le public ne peut circuler. Certains travaux nécessiteront une pratique de l’adaptation ou du contournement selon les réglementations en vigueur.
  • Les interventions dans l’espace urbain peuvent générer des formes, des gestes, des choix de matériaux ou des relations à l’espace déplaçables ou réactivables différemment dans les espaces d’accrochage de l’école.

Projet réalisé en partenariat avec Point contemporain

La revue en ligne Point contemporain accueille Les chroniques d’atelier des étudiant·es de l’isdaT. Chacune et chacun peut y déposer des textes et des images qui sont autant de jalons pour le parcours d’un·e jeune artiste en formation. Valérie Toubas et Daniel Guionnet, fondateur·rices et directeur·rices de la Revue, interviennent par deux fois à l’isdaT et suivent le parcours dans sa totalité.


Calendrier

Mardi 21 mai 2024

  • 14h, isdaT (rotonde) : Ouverture de la Mostra
  • 14h30, Jardin de La Grave (place Bernard Lange) : Tiphaine Martinie
  • 15h, Jardin Raymond VI (Abattoirs) : Maya Gorden

Mercredi 22 mai 2024

  • 14h30, isdaT (rotonde) : Léa Serre
  • 15h, Jardin Raymond VI (Abattoirs) : Stella-Rose True puis Tina Giorgio

Jeudi 23 mai 2024

  • 14h, isdaT (salle 02) : Léa Citi
  • 16h, départ de l’isdaT, déambulation sonore sur le quai de Tounis : Fleur Douglas
  • 19h, avenue de la Garonnette : Julia Catherineau

Vendredi 24 mai 2024

  • 14h30, Place Occitane : Florian Gourrat

Julia Catherineau

La croisière s’amuse
65 avenue de la Garonnette

Proposition d’un temps commun aquatique.

Embarquez à bord du Bélier Blanc et laissez-vous flotter. Prenons le temps de célébrer, briser et déguster le champagne au départ d’une croisière sur la Garonne. Autorisons-nous à rêver, jouer, à passer un moment ensemble.

« Abandonnez vous à la nage, sans craintes de l’endroit où vous allez accoster ».
Le tiers instruit, Michel Serres

Visuel © Julia Catherineau


Léa Citi

Au suint de leurs pieds

Troquer sa chaussette contre une poignée de laine,
Mettre cette poignée de laine dans l’une de ses chaussures,
Marcher.

Proposer une performance comme expérience, comme une forme de sociologie fictionnelle : inviter les spectateur·ices à avoir en commun une démarche perturbée, une gêne, une chaleur, une asymétrie dans la marche. Ce caractère commun, peut-il les amener à marcher en groupe différemment ? Peut-il les faire troupeau, au sens mélioratif du terme ?

Avant de s’engager dans cette marche périlleuse, il y aurait à la manière d’une patinoire, d’un vestiaire, d’un magasin d’équipement de ski, une salle, un seuil.

Seuil, dans lequel on trouverait :

  • Un banc, pour s’assoir, se déchausser et se chausser de laine.
  • Un tas de laine.
  • Un dépôt, permettant d’entreposer la chaussette le temps de la marche.
  • Une réception, permettant de collecter la laine feutrée, fabriquée par la marche.
  • Une vidéo sur écran, montrant la démarche à suivre.

Ce seuil est à visiter deux fois. Il agit comme départ et comme fin de la performance.

Cette marche performance sera réalisée lors de la Mostra de mai 2024 : elle prendra part lors des visites organisées. Le tracé de la marche à emprunter peut être celui résultant de la localisation des productions d’autrui in situ.

La visite des productions d’autrui sera donc ressentie par le prisme de la chaussette laineuse.

Visuel © Léa Citi


Billie Cloup

RÉDIGER (des lettres, simples, conformes, ordinaires)

POSER (par terre, dans la rue, parmi les gens, les papiers, les déchets)

OBSERVER (de loin, de près, à couvert)

Et au moment où je passe à coté
Y’a un mec qui la ramasse
Et la lettre elle était entre
Euh
La poubelle
Et la boites aux lettres


Tina Giorgio

INCARNER / DÉSINCARNER

Un corps assis ou allongé sur un trottoir entre un mur et la rue. Ce bas de corps est à moitié enseveli dans le sol. Sur l’un on voit le haut d’une paire de jambes et sur l’autre c’est le dessous des jambes qui sont divulguées.

La ville et surtout la rue est un lieu de passage, de repos et d’habitation pour certain·nes. Ces jambes qui gisent sur le sol sont à cheval entre deux émotions mais aussi entre deux états de vie ou non.

Photographies © Tina Giorgio


Maya Gorden

Une sculpture monumentale de voyage

« La plante humaine, comme la plante végétale, puise les éléments indispensables à son épanouissement non seulement en elle-même, mais aussi et surtout dans les conditions au milieu desquelles elle germe ».
De l’éducation de l’homme, Friedrich Fröbel, 1826

Les règles sont simples : dans un inachèvement perpétuel, elle se construit et se déconstruit. Elle change et s’agrandit, se rétrécit et se multiplie. Elle se transporte et s’assemble dans un jeu de lignes et de formes.

Contient :

  • Des pièces en bois ou plexiglass percées,
  • De l’argile,
  • Tiges, bâtons, bambous…

La sculpture est montée à partir de nos propres volontés, contraintes et influencées par le lieu et l’environnement.

Visuels © Maya Gorden


Florian Gourrat

Fantassins, action verticale.
Place Occitane

La Place Occitane, souterrain constitué d’un parking et des boutiques Saint-Georges. Un puits de lumière relie le sous-sol à la surface, c’est également une grande bouche d’aération. Ce passage vertical prend, à la surface, la forme d’une couronne ovale en béton, partiellement complétée par une grille en acier à l’intérieur de laquelle est fichée une plaque ovale vitrée plus petite et décentrée.
La grille laisse passer l’air, la vitre laisse passer la lumière, l’ensemble bloque le passage.

Les huits fantassins se placent sur la couronne en béton, à équidistance les uns des autres. Ils complètent la structure et sont actifs quand les huits sont en position. Ils font poids sur la structure à une échelle dérisoire. Ce qui compte c’est leur action de présence, la projection de leur pouvoir. Ils propagent l’idée qu’ils serrent et scellent la couronne pour que personne ne la soulève, ne s’introduisent dans ce qu’elle renferme. S’ils pensent être l’ordre, ils n’en sont qu’une image. L’ordre, l’inaccessibilité et la force mécanique existent sans eux, ils ne servent que d’exemples appliqués de ces idées.

Chaque fantassin est constitué d’un cylindre de 32 cm de diamètre dont la hauteur peut varier, et d’un système simplissime de serrage d’un écrou autour d’une tige filetée fichée dans le cylindre.

Les systèmes de serrage seront en acier tandis que la nature du ou des matériaux utilisés pour fabriquer le cylindre est encore indéterminée (béton, plâtre, terre tassée, résine…).

Visuel © Florian Gourrat


Léa Serre

À l’ombre d’une jardinière
isdaT

Cher·ères toulousain·es,

Vous êtes convié·es le mercredi 22 mai 2024, à 14h30 dans la rotonde de l’isdaT, à prendre part à la présentation d’un projet d’aménagement de l’espace urbain. Venez vous reposer À l’ombre d’une jardinière, le temps de digérer au mieux les inepties de notre chère mairie.
C’est un privilège pour moi de vous accueillir et de contribuer à mon échelle de 1m56 au développement d’une société de bon sens et qui respecte les jardinières.

En vous attendant nombreux·ses.

Bien à vous,
Léa Serre

Visuel © Léa Serre


Stella-Rose True

Tireur.euse.s à lacs*
Performance collective au Jardin Raymond VI

Des ami·es lié·es par un instant.
Qui partagent des gestes répétitifs.
Comme ces femmes qui partagent leurs tables à manger pour une Quilt Party.

Lié·es par un métier à tisser.
Un outil ceinture qui prolonge leurs corps.

Leurs corps pour tendre les fils.
Tendre pour se rapprocher.

Un corps performatif.

Iels se servent de laine depuis mon fuseau pour tramer.
Je file la laine.

Deux étoffes nouées au sol.

Women sew a quilt at the Quilting Bee Demonstration at the Canadian National Exhibition circa 1940 (Canadian National Exhibition Archives)

* Tireur à lac : « masc. Pour le tissage avec l’ancien métier, dit métier à la tire ou métier à la grande tire, un ouvrier auxiliaire, nommé tireur de lacs, est chargé de saisir successivement chaque lac dans l’ordre indiqué par la mise en carte et de tirer les cordes du sample […] L’ouvrier auxiliaire lâche le lac qu’il met de côté, et prend le suivant. Dans le métier primitif le tireur de lacs était placé à la partie supérieure du métier. C’est un travail qui demande beaucoup d’attention lorsqu’il s’agit de dessins très complexes. Les tireurs de lacs peuvent être des adultes, mais c’étaient souvent des enfants. »


Fleur Douglas

Arbres brisés, allées brisées
Quai de Tounis, Toulouse

LE CHÊNE ET LE ROSEAU
[Ésope]
« Le chêne un jour dit au roseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la nature ;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrai de l’orage.
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
— Votre compassion, lui répondit l’arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’arbre tient bon ; le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts. »
Jean de La Fontaine, Fables de La Fontaine, Le Chêne et le Roseau

Une longue allée surplombe la Garonne ; les platanes communs s’y enchaînent.
Platanes communs, platanes invisibles, mal-être silencieux.
Conditionnés par un espace urbain à l’héritage napoléonien, ces corps à l’apparence robuste s’épuisent.

Dans les pages d’un carnet tentent d’être dépeints les appels à l’aide discrets de ces arbres, appels à l’aide d’une nature militarisée assistant à son propre changement de statut : tantôt ornement, tantôt mobilier urbain.
L’objectif d’une caméra circule entre les différents dessins, simultanément à leur description sonore. L’enregistrement s’impose à la fois comme visite guidée d’un lieu transposé, et du lieu-sujet palpable.

23 mai 2024 : visite supervisée des allées.
Afin d’éprouver davantage l’organisation codée de l’espace, les déambulations des visiteur·euses suivront un rythme strict et imposé. Positionné·es en file indienne et armé·es de l’enregistrement précédemment évoqué, iels seront lancés dans le parcours à intervalles réguliers d’environ deux minutes.

Root Sculpture (Sculpture de racines), Nils Udo, parc Chapultepec, México, 1995

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