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Design et pauvreté

Afin de construire un ensemble critique de méthodologies prolongeant les questionnements portés par les mouvements d’architecture radicale dans l’Italie des années 70 et dans une volonté de mise en lien avec d’autres recherches européennes, l’option design de l’isdaT a développé une recherche autour de l’école de non-architecture ou de non-design « Global Tools ». Visant à mettre en tension les gestes de ce mouvement de design radical historique dans le contexte des pratiques contemporaines en déplaçant les outils, les méthodes et l’action du designer. Depuis 2010, l’orientation scientifique de la formation est venue s’articuler sur plusieurs champs et territoires de recherche, en convoquant et en confrontant d’autres disciplines, celles notamment inscrites dans l’Institut de la ville.
En effet, l’enjeu du programme de recherche n’est pas tant d’écrire une histoire de ce groupe que de se pencher sur ses préoccupations et ses méthodes, en envisageant l’actualité de propositions venant du passé dans le champ du design aujourd’hui. Le programme « Design et Pauvreté » (2016-2020) s’inscrit dans la continuité d’un travail conduit depuis plusieurs années par l’équipe de l’option design de l’isdaT. Il s’agit ici de poursuivre les réflexions et les pratiques élaborées à partir d’attitudes comme le détachement du design à l’égard des impératifs économiques de l’industrie, la stimulation de l’inventivité individuelle ou encore la mise en tension de la séparation entre producteurs et récepteurs. On retiendra notamment la volonté de mettre en œuvre des « techniques pauvres », de faire à partir de matériaux élémentaires et d’un outillage restreint parfois issu du recyclage, pour chercher un rapport à la conception et à la fabrication qui ne soit pas prédéterminé ni par une assignation des techniques à leur seul usage.
Pour porter ces ambitions dans le contexte contemporain, le programme s’articule autour de trois cycles :

  • Habitat et précarité (2015/2016) ;
  • Travailler pour nous (2016/2017) ;
  • Pauvreté et technique numérique ou Vers une certaine pauvreté dans les moyens techniques (2017/2018).

2015/2016 : Habitat et précarité

responsable projet : Philippe Grégoire

L’architecture et le design, en tant que disciplines inscrivant le souci de l’espace entre nous au cœur de leurs réflexions, ne peuvent pas ne pas être touchés par une misère aux formes variées, qui touche une part considérable de nos semblables. Ces disciplines sont parfois réclamées pour faire face aux situations d’urgence, pour améliorer temporairement les conditions de vie de personnes en transit ou sans logis. Dans quelle mesure une situation de pénurie dans les moyens nous amène-t-elle à repenser nos façons d’habiter l’espace (sachant qu’habiter ne se résume ni à être quelque part, ni à avoir un logement) ? Comment les designers et les architectes peuvent se décentrer de leurs positions de « répondant » pour développer d’autres modes de construction et de fabrication? Comment construire et ménager des espaces avec peu ? Comment faire du rebut une ressource ? Telles ont été quelques unes des questions adressées aux étudiants de 4e et 5e année.

calendrier du cycle

— 12 novembre 2015 : intervention de Sébastien Thiéry
politologue et fondateur du PEROU
— janvier 2016 : Minimaousse 6
— 17 mars 2016 : journée d’études Précarité et habitat avec Cyrille Hanappe et Antoine Aubinet (architectes), Marie-Christine Jaillet (sociologue), Mireille Bruyère (économiste), Laurent Tixador (plasticien) et Frédérique Mozer. Les actes de la journée ont été enregistrés et seront retranscrits.

2016/2017 : Travailler pour nous

responsables projet : Nathalie Bruyère et Laetitia Giorgino

À partir de réflexions sur la différence entre le travail et l’emploi le cycle « Travailler pour nous » met l’accent sur les pratiques laborieuses développées en marge du monde professionnel et qui, si elles ne génèrent pas de profit immédiat, n’en demeurent pas moins d’importantes sources de richesse et de créativité. En se basant sur diverses situations de manque (considérées comme des opportunités pour envisager d’autres manières de se loger, se chauffer, s’alimenter, s’approvisionner, etc.), il s’agira d’observer la façon dont architectes et designers peuvent concevoir des équipements permettant de vivre avec peu, de réduire les consommations d’énergie, de produire, voire de stocker et de diffuser ces énergies ou encore de penser et faire des objets réparables au lieu de contribuer à la production d’objets en plus conduisant à une accumulation nuisible.

calendrier du cycle

— octobre – décembre 2016 : recherche théorique, 1re partie de l’atelier « Travailler pour nous »
— du 3 au 6 janvier 2017 : recherche in-situ dans la ville de Caylus, 2e partie de l’atelier Travailler pour nous, hypothèses de travail
— du 13 au 17 mars 2017 : recherche in-situ dans la ville de Caylus, 3e partie de l’atelier Travailler pour nous, relations entre l’artisanat dit « dur » et le numérique.

2017/2018 : Pauvreté et technique numérique ou Vers une certaine pauvreté dans les moyens techniques

Les membres de Global Tools, évoquant les propriétés de tout un ensemble d’objets industriellement produits, remarquaient déjà leur « dureté », leur propension à « accroche[r] très peu l’observateur » et à « se [tenir] au-delà d’un seuil de perception ». Bien que ces remarques soient datées d’une époque antérieure à la diffusion du numérique et de l’informatique, elles concernent encore notre rapport aux objets issus de ces techniques, qui reposent sur des équipements technologiques d’une grande complexité et des programmes le plus souvent inaccessibles, maintenant une distance préjudiciable entre producteurs et récepteurs. Néanmoins, d’autres dynamiques existent avec le numérique, permettant d’envisager un état d’ouverture et de créativité inédit, marqué par le réglable, le modifiable et le modulable. Un travail sur les outils et les méthodes est donc à entreprendre dans le champ du design pour mettre en œuvre ces techniques et dévoiler dans un travail sur la forme des principes de production qui sont tenus le plus souvent à couvert.